Niveau de formation par quartier : cartographie et disparités dans les agglomérations suisses

Niveau de formation par quartier : cartographie et disparités dans les agglomérations suisses

Deux réalités au sein d’un même canton

Des données récentes de l’Office fédéral de la statistique permettent de visualiser la répartition des niveaux de formation au sein des agglomérations et même à l’échelle d’un hectare (100 mètres sur 100 mètres).

Neuchâtel: contrastes entre Haut et Bas du canton

Dans le canton de Neuchâtel, l’écart entre les zones proches du lac et le centre-ville est prononcé. Les habitants des abords du littoral et du cœur urbain présentent globalement des niveaux de formation plus élevés, tandis que La Chaux-de-Fonds et Le Locle affichent des niveaux de formation plus modestes.

Selon un historien, Le Locle et La Chaux-de-Fonds sont fortement liées à leur tradition horlogère, là où Neuchâtel accueille l’administration et des postes exigeant une formation universitaire. Le constat visuel du centre-ville est complété par l’analyse d’un professeur de la Haute école de gestion, qui note la présence d’institutions et d’emplois qualifiés autour de la gare.

Les éléments diffusés par les médias et les experts évoquent ces différences entre le centre et les zones périphériques du territoire.

Des facteurs historiques et économiques à l’œuvre

La configuration économique du canton s’appuie sur des héritages industriels et administratifs qui orientent l’offre d’emplois et les niveaux de formation requis.

Atténuer les écarts et repenser l’offre éducative

Le canton cherche aujourd’hui à réduire ces écarts. Pour la conseillère d’État Crystel Graf, l’objectif passe par le regroupement des services publics et le renforcement des formations, en particulier en étendant l’accès aux hautes écoles dans différentes parties du territoire, y compris dans les régions montagneuses.

Inégalités cartographiées dans l’agglomération lausannoise

Dans l’agglomération lausannoise, des frontières invisibles apparaissent: les personnes qui n’ont pas poursuivi leur formation après l’école obligatoire se concentrent à Renens, Prilly et dans le nord-ouest de Lausanne, tandis que l’est de la ville et le littoral accueillent majoritairement des diplômés universitaires ou issus des hautes écoles.

Selon René Véron, professeur de géographie sociale à l’Université de Lausanne, le niveau de formation influence fortement les revenus: le salaire brut médian est d’environ 5 000 francs pour les professionnels issus de l’école obligatoire, contre environ 10 000 francs pour les diplômés universitaires. Il souligne toutefois qu’un niveau de formation inférieur ne signifie pas nécessairement une vie improductive ou une criminalité plus élevée, et appelle à éviter toute stigmatisation.

Impact des revenus sur les territoires

Ce lien entre formation et revenus demeure un paramètre clé pour comprendre les dynamiques territoriales et les politiques publiques à l’échelle locale.

Genève: organisation urbaine et mobilité

À Genève, la répartition est moins nette. Le centre abrite une population majoritairement formée, tandis que les résidents moins qualifiés se répartissent entre plusieurs communes périphériques, notamment Meyrin, Vernier et Onex. Néanmoins, les différences entre le cœur urbain et les zones périphériques restent visibles.

Selon René Véron, ce type de configuration est fréquent dans les métropoles et peut s’expliquer par l’histoire et le développement urbain. Genève a notamment favorisé la construction de logements sociaux; l’enjeu demeure de maintenir la qualité des services publics pour garantir l’égalité des chances.

Politiques de logement social et égalité des chances

Les politiques publiques genevoises visent à préserver l’accès équitable aux services publics et à éviter l’apparition de failles sociales dans les quartiers périphériques.

Villes et campagnes: une logique territoriale partagée

La problématique ne se limite pas aux grandes agglomérations. Fribourg et le Valais illustrent le décalage entre centres urbains et zones rurales: les centres concentrent des parcours scolaires longs et des formations post-obligatoires, tandis que les campagnes privilégient des itinéraires plus courts et l’apprentissage.

Selon Véron, la demande de profils très qualifiés est plus forte en ville et les personnes formées sont plus mobiles; elles reviennent moins fréquemment dans leur lieu d’origine. Certaines périphéries autour du Léman échappent à cette tendance, notamment en raison de pendulaires. L’analyse met en évidence un découpage socio-économique en Suisse, tout en soulignant le risque de polarisation et d’exclusion si les échanges entre catégories sociales se raréfient.

Crédit photo: Tybalt Félix, avec Julien Chiffelle et Léa Jelmini